La théorie schenkérienne de la forme

English below

EuroMAC 2014 – Leuven - Proposition de session

La théorie schenkérienne de la forme

Appel à collaboration

L’Écriture libre s’achève par un chapitre intitulé « La forme »(2), qui représente l’aboutissement provisoire d’un projet ancien, mais qui surprend par sa brièveté. Schenker le reconnaît lui-même : « Dans le cadre d’un livre qui veut pour la première fois mettre en évidence la théorie de la cohérence, la théorie des formes en tant que réalisations de l’idée fondamentale ne peut se voir attribuer autant d’espace qu’on lui accorderait dans un volume séparé [...]. Aussi concise que soit ma description, je m’estimerai heureux de pouvoir présenter au moins sous cette forme l’« Essai d’une nouvelle théorie des formes » annoncé depuis des années »(3).

Les commentateurs ont marqué leur étonnement devant la brièveté de ce chapitre. Selon Eugen Narmour, la forme est reléguée par Schenker au rang des « éléments non privilégiés dans la théorie »(4). Allen Cadwallader considère que le chapitre qui nous occupe « n’est essentiellement qu’une introduction, un aperçu incomplet qui demande plus d’élaboration et de développement »(5). Mais ces critiques tiennent trop peu compte du fait, souligné pourtant par Schenker lui-même, que les chapitres de L’Écriture libre qui précèdent font souvent mention de la forme « comme une manifestation extérieure de la cohérence qui naît de l’arrière-plan, du plan moyen et de l’avant-plan »(6). Il est question de forme presque à chaque page du volume, qui peut être considéré dès lors dans une large mesure comme un traité de la forme musicale.

Ce qui demeure mystérieux, cependant, c’est cette originalité de conception que Schenker souligne : « La nouveauté de la description de la forme proposée ici tient à la dérivation de toutes les formes, en tant qu’avant-plan superficiel, de l’arrière plan et du plan moyen »(7). Quelle est la nature de cette dérivation ? Comment faut-il comprendre le rapport que Schenker suggère entre la « forme » et la « structure » ? S’agit-il d’un conflit, d’une tension, d’une complémentarité ? Comment se fait-il par exemple que le concept d’interruption, présenté comme générateur de la forme binaire, puisse servir aussi à engendrer des formes ternaires, mais que d’autres formes ternaires ne résultent pas de l’interruption ?

Ces problèmes ont été souvent traités dans la littérature schenkérienne récente, mais n’y ont pas été complètement résolus. La session proposée ici se donne pour tâche de revenir sur ces questions, d’en faire le point et, si possible, d’y apporter des réponses nouvelles. On pourrait envisager de consacrer une partie du temps de la session à une table ronde consacrée à l’analyse formelle – schenkérienne ou non – d’une œuvre à choisir de commun accord. J’en appelle à quiconque pourrait être intéressé à participer à ce projet, dont nous débattrons ensemble pour le présenter dans les délais au Comité de sélection d’Euromac 2014.

Contact : Nicolas MEEÙS  Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

 


EuroMAC 2014 – Leuven - Session proposal

Schenker’s Theory of Form

Call for collaboration

Free Composition ends with a chapter entitled “Form”(2), presenting the provisional outcome of an old project, yet surprising by its brevity. Schenker recognises it himself: “Within the confines of a book which for the first time seeks to present the concept of organic coherence, the theory of form as a manifestation of the fundamental design must not claim as much space as it would ordinarily find in a separate treatise on form [...]. However briefly I express myself, I am happy to offer, at least in this manner, the ‘Essay on a New Theory of Form’ which I have promised for decades.”(3)

Commentators have expressed their surprise at the brevity of this chapter. According to Eugen Narmour, form functions “like other non privileged elements in Schenkerian theory.”(4) Allen Cadwallader considers that the chapter in question “remains essentially an introduction, an incomplete outline in need of further elaboration and development.”(5) But these criticisms take too little account of the fact, albeit stressed by Schenker himself, that the earlier chapters of Free Composition often mention form “as the ultimate manifestation of that structural coherence which grows out of background, middleground, and foreground.”(6) Almost every page in the volume speaks of form, and the whole work may therefore be considered to a large extent as a treatise on musical form.

What remains puzzling, however, is this original conception that Schenker underlines: “All forms appear in the ultimate foreground; but all of them have their origin in, and derive from, the background. This is the innovative aspect of my explanation of forms.”(7) But what is the nature of this derivation? How is one to understand the link that Schenker suggests between “form” and “structure”? Is it a conflict, a tension, interdependence? How is it possible, for instance, that the concept of interruption, presented as generating binary form, could also produce three-part forms, but that other three-part forms may not rest on the principle of interruption?

These problems have often been discussed in recent Schenkerian literature, without being fully solved. The session proposed here would like to come back on these questions, to take stock of them and, if possible, to bring new answers. One may consider the possibility of devoting part of the time of the session to a round table devoted to the formal analysis – Schenkerian or other – of a work to be chosen in common. I call to anyone interested in participating to this project, which we will further discuss together in order to submit it on time to the Selection committee of Euromac 2014.

Contact: Nicolas MEEÙS Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

Bibliographie / Bibliography

BEACH, David, «Schubert’s Experiments with Sonata Form: Formal-Tonal Design versus Underlying Structure », Music Theory Spectrum 15 (1993), p. 1-18.

BURNHAM, Scott, « Form », Cambridge History of Western Music Theory, Th. Christensen ed., Cambridge, CUP, 2001, p. 880-906.

CADWALLADER, Allen, « Form and Tonal Process. The Design of Different Structural Levels », Trends in Schenkerian Research, A. Cadwallader ed., New York, etc. Schirmer Books, 1990, p. 1-21.

HOOPER, Jason, « Heinrich Schenker’s Early Conception of Form, 1895-1914 », Theory and Practice 36 (2011), p. 35-64.

LASKOWSKI, Larry, « J.S. Bach’s ‘Binary’ Dance Movements: Form and Voice-Leading », Schenker Studies, H. Siegel ed., Cambridge, CUP, 1990, p. 84-93.

ROTHSTEIN, William, Phrase Rhythm in Tonal Music, New York etc., Schirmer Books, 1989.

SCHENKER, Heinrich, Der freie Satz, O. Jonas ed., Wien, Universal Edition, 1956. Free Composition, transl. E. Oster, New York, London, Longman, 1979. L’Écriture libre, trad. N. Meeùs, Liège, Mardaga, 1993.

SCHMALFELDT, Janet, « Towards a Reconciliation of Schenkerian Concepts with Traditional and Recent Theories of Form », Music Analysis 10 (1991), p. 233-287.

SCHMALFELDT, Janet, In the Process of Becoming: Analytic and Philosophical Perspectives on Form in Early Nineteenth-Century Music, New York, Oxford University Press, 2011.

SMITH, Charles J., « Musical Form and Fundamental Structure: An Investigation of Schenker’s Formenlehre », Music Analysis 15 (1996), p. 191-297.

SMITH, Peter, « Brahms and Schenker: A Mutual Response to Sonata Form », Music Theory - Spectrum 16 (1994), p. 77-103.

WEBSTER, James, « Formenlehre in Theory and Practice », Musical Form, Forms, and Formenlehre: Three Methodological Reflections, P. Bergé ed., Leuven, LUP, 2009, p. 123-139.

--------

1 See http://www.euromac2014.eu/call-for-papers/english.

2 Free Composition, Part III, Chapter 5, p. 128-145.

3 Idem, p. 130, § 306.

4 Eugen NARMOUR, Beyond Schenkerism. The Need for Alternatives in Music Analysis, Chicago, The University of Chicago Press, 1977, p. 87.

5 Cadwallader (1990), p. 1-2. 6 Free Composition, ibid.

7 Ibid.